ouée en Europe Centrale et Orientale jusqu'à l'aube du XXe siècle par des musiciens juifs itinérants, la musique Klezmer est par essence une musique de fête, de rencontres et de contrastes.

Les Klezmorim, souvent accompagnés de ménestrels locaux (hongrois, russes, moldaves, ukrainiens, galiciens, etc.), ainsi que de musiciens tsiganes, diffusaient leur musique et les récits de leurs voyages à chacune de leurs étapes.

Souvent amenés à quitter leur shteyt'l (1)
et à jouer lors de mariages et fêtes juives, les Klezmorim furent également appelés à jouer lors de fêtes non juives.
Ainsi, l'arrivée des Klezmorim était particulièrement appréciée des villageois, non seulement pour la musique, la fête et la joie qu'ils apportaient, mais aussi pour le recueil d'informations venues d'ailleurs.
Cette condition leur permit d'approfondir leur connaissance des cultures musicales environnantes, à commencer par celle de leur pays d'adoption.

La vitalité de la musique Klezmer réside dans le simple fait qu'elle a su sauvegarder son essence, tout en s'enrichissant des cultures environnantes.
Les traditions musicales yiddish sont en quelque sorte la synthèse de plusieurs siècles d'interactions entres Juifs et non Juifs. Ainsi, au fil du temps, les thèmes hébraïques se sont enrichis de motifs populaires empruntés aux Russes, Grecs, Roumains, Polonais, Tchèques, etc.

Dès la fin du XIXe et le début du XXe siècle, un certain nombre de Klezmorim réussissent à fuir les pogroms, la montée du fascisme hitlérien, ainsi que le régime stalinien, en prenant la route vers l'ouest. Une grande partie de ces musiciens traverse l’Atlantique et s'installe dans le Nouveau Monde. Seule une infime partie survivra au choc de la Deuxième Guerre mondiale en restant sur le vieux continent.

Jouer de la musique Klezmer revient à raconter une histoire.
Dans la culture Yiddish, la musique est très proche du langage parlé. Son expression instrumentale et vocale est vive et nuancée, le son des instruments se doit d'être flexible, instinctif et proche de la voix humaine ; d'ailleurs, étymologiquement,
le terme klezmer provient des mots hébreux kley (instrument) et zemer (chant).

La grande originalité de cette musique tient également au fait qu'elle propose des combinaisons et des variations extrêmement fortes en termes de dynamiques émotionnelles : parfois gaie, à d'autres moments, plutôt mélancolique, elle permet au musicien klezmer de chuchoter ou de s'exclamer, de geindre ou cajoler, d'alterner entre gémissement ou
cri de joie.

Ce qui importe dans le style klezmer n'est pas tant ce qui est dit, mais plutôt, comment cela est dit.

Cette musique invite indubitablement l'auditeur à un voyage sonore riche en émotions.

Alain Karpati

1. Le shteyt'l ou les shteyt'leh étaient des villages d'Europe Centrale essentiellement peuplés par les Juifs, car dans bon nombre de pays, ces derniers n'avaient pas le droit de résider dans les grandes villes, ni
d' exercer certaines professions dites nobles, ou encore de posséder de la terre.

Formidable vivier de la culture yiddish, ces petits villages ont constitué le berceau de la musique klezmer.